Moins bien que si c'était mieux...

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dimanche 7 janvier 2007

Sur la neutralité des réseaux

NB : En commençant ce billet, je voulais me servir du concept de neutralité des réseaux pour définir un e-service, mais je me suis aperçu que le concept en lui même méritait d'être exploré. Ce sera pour une autre fois.

La neutralité du réseau est réapparue sur le devant de la scène en 2005, les FAI et autres "fournisseurs de tuyaux" se plaignant d'acheminer "gratuitement" les requêtes des internautes vers des sites tels que YouTube, grand consommateur de bande passante et souhaitant faire payer les fournisseurs de service pour le trafic qu'ils acheminent. Ce qui parait une hérésie pour beaucoup d'anciens utilisateurs de la toile repose toutefois sur une réalité très terre à terre : il faut bien que le signal électronique soit transmis d'une manière bassement matérielle. La question se posera avec encore plus d'acuité quand les offres de VOD (Vidéo à la demande) indépendantes seront disponibles : en concurrence frontale avec les offres des FAI, ces indépendants bénéficieront ils d'un juste (fair) accès aux moyens ?

Cette présentation est intéressante pour appréhender un aspect de la question. Ces liens sont aussi une bonne amorce sur le sujet :

Les tenants de la neutralité soutiennent que Internet doit maintenir le cap de esprit initial, ou la position de 2 machines échangeant leurs données n'a pas d'incidence sur cet échange, celui-ci étant pris en charge par "le réseau". Les partisans invoquent la liberté de gestion des ressources privées, et invoquent l'auto-régulation du marché comme garde-fou à un internet biaisé. Ce à quoi les premiers rétorquent, que justement, économiquement, Internet est une infrastructure du marché et doit donc bénéficier d'un traitement particulier (comme les routes). Bref, les indiens contre les cow-boys, pour changer

Économiquement, il y a 2 aspects dans le débat :

  • le libre accès non biaisé aux services similaires : Google vs Yahoo ou TVenLigne 1 vs. TVenLigne 2. C'est l'archétype de la neutralité actuelle. On craint que la possibilité d'acheter une priorité ne se traduise par renforcement des positions économiques des acteurs établis ce qui réduirait le choix du consommateur.
  • la concurrence frontale entre FAI et vendeurs tiers. Comment se comporterait un fournisseur d'accès souhaitant proposer du contenu concurrent de vendeurs tiers déjà utilisés par ses clients ? En fait, de mon point de vu, cette question se pose déjà.

On pourrait aussi parler de l'incidence de la non-neutralité sur la liberté d'expression, mais cet aspect n'est pas spécifique à internet.

Le débat est tout sauf clair, et il se place à différent niveaux. Le réseau dont on parle est d'une part le réseau IP (logique) Internet pour le premier point et d'autre part le réseau (physique) des FAI (notamment le dernier kilomètre) pour le deuxième point.

Le réseau IP est considéré comme "neutre" car quelque soit l'application (mail, web, voip ...), la priorité de transmission ( la bande passante allouée) est théoriquement la même. Ce n'est déjà pas tout a fait exact car la péremption des paquets est différente suivant l'application (On accepte de "perdre" des paquets de voix pour garder une transmission en quasi temps réel, ce qui n'est pas acceptable pour le téléchargement d'un fichier). La description de cette neutralité repose

  • sur des bases économiques : la requête vers un google ou un yahoo est traité avec le même niveau de priorité. C'est la concurrence sur un marché établit.
  • sur des bases techniques : une nouvelle "application" d'internet (imaginez un nouveau protocole qui permet de transmettre les odeurs d'un poste à l'autre) est traité avec le même niveau de priorité que les autres plus anciennes. C'est la capacité d'innovation.

Il n'y a pas de vrai neutralité du réseau

Car est ce que Google (ou un autre !) ne paye pas déjà une partie du prix que "réclameraient" les FAI ? A mon sens oui. Comme il ne peut pas acheter une priorité très haute de ses données, il s'implante au plus près du consommateur. Ces implantations ont un cout pour Google et réduisent les couts des fournisseurs de tuyaux en évitant à une requête de traverser tout l'internet pour l'atteindre. Un fournisseur de contenu peut aussi louer les services d'une société spécialisée comme Akamai pour bénéficier d'un cache rapproché de son client. Akamai est il "fournisseur de tuyau" ? Non. Est ce qu'il a un impact sur la performance d'un site plutôt qu'un autre ? Oui. Cette même stratégie est mise en oeuvre par les FAI à travers des serveurs cache localisés au plus proche du consommateur (ce qui est rentable pour eux car réduit leurs coûts d'interconnexion).

Deux constats :

  • Le cas Akamai est discuté plus longuement ici. Cela illustre que la neutralité technique est très théorique, et que le débat porte en fait sur la transparence des flux financiers et des règles de la concurrence.
  • Dans notre économie mondialisante, cela me parait sain que l'amélioration de la qualité d'un service repose aussi sur des investissements explicitement proches du consommateur.

Le cas des services Web n'est sans doute pas l'enjeu véritable

Cette question n'est ainsi sans doute pas la principale, le véritable enjeu étant probablement dans l'usage quasi-synchrone, qui lui ne peut pas être mis en cache aussi facilement.

Car s'il y a une distinction à faire dans les usages de l'internet, c'est la différence entre un usage synchrone (voip, vod, etc...), où les paquets de données doivent arriver dans un temps limité, donc partiellement dans un certain ordre, et un usage asynchrone (web, mail, ftp ...), où peu importe que l'ordinateur reçoive en premier la fin ou le début du message, puisque ce dernier ne s'appréhende que dans sa globalité.

Certaines solutions existent (il semble qu'on sache faire du cache en multicast maintenant), mais cela ne vaut que pour les gros opérateurs synchrone mono directionnel (TV). Impossible de mettre en cache une communication VoIP par exemple. Ce sera encore plus crucial pour la vidéophonie par IP.

Aujourd'hui, quand il s'agit de l'internet, on nous vend une bande passante "globale" d'accès à Internet. Pour être précis, il faudrait qu'on nous vende une qualité de transmission pour l'usage synchrone et un débit pour l'usage asynchrone.

Clarifier les offres et les usages.

Un point qui ne me semble pas apparu nettement, c'est la place des offres triple play (comment franciser ça ?) des FAI. Concrètement ceux-ci semblent allouer une partie de leur réseau physique à tel ou tel service synchrone (télévision, téléphone).

Se pose alors au moins deux questions de saine concurrence économique :

  • les packs intégrant voix + tv + internet rendent la comparabilité des offres difficiles pour le consommateur. Cela soulève aussi la question de la vente liée. Que se passe t il si je veux utiliser Skype au lieu de l'ofre VoIP de mon FAI ? Aujourd'hui, je paye 2 fois et/ou je dégrade ma connectivité internet.
  • La bande passante totale détaillée allouée au consommateur est mal ou peu précisée, on ne peut pas évaluer la qualité des services synchrones, par exemple. En terme d'information du consommateur, on a fait mieux.

Le feuilleton américain est en cours

Il est amusant de constater l'américano-centrisme de la discussion actuelle : on entend parler essentiellement d'accès haut débit par les cablo-opérateurs, qui sont souvent en situation de monopole sur un territoire. La question ne se pose absolument pas dans les mêmes terme en Europe compte tenu de la place prédominante de l'ADSL chez nous, qui a permis de faire jouer d'avantage la concurrence. Et il est un peu surprenant que AT&T soit en train de revenir en position de force (pour ne pas dire dominante) et propose pour rassurer de garantir la neutralité du réseau. Aux dernières nouvelles, on s'achemine vers un acte législatif qui renforcerait l'exigence de neutralité. Il sera intéressant de l'étudier.

Bref ...

Voila pour ce bref tour du sujet, mais c'est moins bien que si c'était mieux et on en reparlera surement. En l'état, ces réflexions me conduisent à souhaiter :

  • qu'il soit interdit de discriminer la priorité d'un service sur la base de son fournisseur. Pour les protocoles asynchrone, c'est peut être un voeux pieux (Cf. supra), mais sait on jamais :).
  • notamment, que dans le cas ou il est nécessaire techniquement de donner des priorités aux applications synchrones, que cette priorité se fasse au niveau de protocoles standard qui ne soient pas liés à un fournisseur particulier (exemple : pourquoi pas donner une priorité à SIP pour la VoIP, mais sans distinction du fournisseur ?)
  • que l'offre d'accès à internet soit clairement séparée du reste des prestations des FAI. En résumé, des packs de services, pourquoi pas, mais en option.

On en reparle... le sujet est vaste et plein de conexions, une vrai toile ;)

mardi 2 janvier 2007

Point de bascule...

Quand je vous dis que le Tipping Point est un anglicisme porteur, la preuve, Techcrunch s'y met !

Certes, c'est une traduction d'un article anglophone, mais pourquoi reprendre "Tipping point" entre parenthèse alors que la traduction "Le cap" est plutôt bien vue ? Soit c'est pour garder un titre branché, soit c'est pour son référencement :)

Sur le fond, désigner un moment précis comme point de bascule du modèle économique de Google ne pourra se faire, comme toujours qu'avec le recul. Déjà que l'histoire est (ré)écrite à postériori, si en plus on doit l'écrire à priori...

Mise à jour : Suite au commentaire d'Ouriel, j'ai cherché une "meilleure" traduction...

En substance :

Remarque générale : tu as justement souligné le caractère polèmique du billet. Au dela du mottu, la polèmique nait aussi de la définition du tipping point, si j’en crois les commentaires du billet anglophone.

Tipping point renvoi plusieurs notion : * c’est un point d’inflexion ou il y a une incertitude. * au dela de ce point d’inflexion, le changement est irreversible et rapide.

Le problème du titre “Le cap de google” c’est qu’il ne rend pas compte de l’incertitude et semble désigner une orientation plutot qu’un point de basculement.

“Le cap critique de Google” renvoi plus clairement cette notion.

Si je me réfère au contenu de l’article, on aurait dit dans la presse économique

“Google est-il à un tournant ?”

Littérairement, on dirait peut être “Google à la croisée des chemins”

Mais finalement,

“Le point où Google peut basculer.” sera ma proposition définitive. Cela garde la dimension polèmique ainsi que l’imprécision du titre initial.

Je vois bien que la traduction est mal aisée :) et je reconnais que la critique était facile. Mais il serait très Web 2.0 d’ajouter une remarque en bas de page quand la traduction pose problème :)

J'ajoute que cette page pencherai pour "point de basculement", mais ce n'est sans doute pas assez glamour...

mardi 5 septembre 2006

Le nouveau logiciel de reconnaissance d'image du Web-to-Zero

... c'est vous !

C'est ce qu'a l'air de penser Google, en tout cas.

Son outil Google Image Labeler fait appel aux internautes pour labeliser (tagguer) les images.

Jusqu'ici, les outils récents offraient en contre-partie de votre capacité de synthèse un service, comme les gestionnaires de signets de type Del.icio.us qui vous permettent de consulter depuis n'importe quel endroit vos

Ici vous n'avez aucune contre-partie directe. Il fallait bien en créer une pour attirer les internautes, et c'est l'aspect ludique (limite et même étrangement addictif) qui émerge.

Bien, sur, à l'instar des Wikis, le "travail" des internautes leur revient à travers la qualité des requêtes sur Google Images, mais jamais l'impression de fournir une prestation sans contre-partie n'a été aussi forte.

Il y a d'autres projets similaires qui font appel à votre capacité de reconnaissance d'image, mais à finalité peut être plus éthique. Ainsi, le projet FlickrLickr de Wikipedia vous permets de contribuer également à l'indexation des images, dans le but d'une intégration dans l'encyclopédie en ligne.

Les 2 projets sont similaires mais différents. Google veut "tout" indexer, tandis que Wikipedia souhaite se concentrer sur la qualité. C'est la différence entre les 2 outils d'accès à la connaissance, l'un structuré, l'autre pas.

Mais c'est moins bien que si c'était mieux, car ces outils pourraient même se révêler complémentaire. En effet, Google Images propose de limiter ses recherches aux seules images libres de droits. De la à imaginer qu'il pourrait proposer la même option au participants de son grand jeu d'indexation, il n'y a qu'un pas. Gageons que beaucoup se sentiraient plus à l'aise s'ils avaient en ligne de mire une finalité : rendre le contenu libre plus pertinent.

Pour aller plus loin, on peut constater en faisant quelques séances ludiques d'indexation par mot clef (c'est long, l'équivalent francophone pour tagging !), que l'approche consistant à confronter les mots clefs de 2 utilisateurs est extrèmement pertinente, tant les façons d'appréhender le contenu d'une image sont différentes.

Certains décrivent l'image en quelques mots clefs, quand d'autres commencent par égrèner les synonymes de l'élèments principal.

On touche aussi les limites du tagging sans finalité. Un utilisateur qui taggue ses photos n'utilisera pas ou peu les mots génériques comme "Mer" "Plage" "Un homme" "Voiture". Ses tags ne sont d'aucune utilités pour les autres, à moins qu'il intègre dès le début cette finalité.

On peut retrouver le même genre de limite dans les réseaux sociaux de liens. Bref, cette notion de label, d'indexation manuelle aussi populaire soit elle, n'est pas encore complètement digérée sur Internet, alorsqu'elle était à la base du travail des archivistes passés.

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